Tendances

Comment adapter sa communication aux déficients visuels ?

Souvent perçue comme une contrainte, la prise en compte du handicap en général, de la déficience visuelle en particulier, peut aussi être source de belles innovations en matière de communication… et de performance !

Les déficients visuels (aveugles et malvoyants) représentent aujourd’hui près de 2 millions de personnes en France, 300 millions dans le monde. D’ici 2035, ces chiffres sont amenés à être multipliés par 2, voire par 3. En cause, le vieillissement de la population, mais aussi des enjeux de santé publique liés à la pollution, l’alimentation, les perturbateurs endocriniens, un usage intensif des écrans… qui génèrent des pathologies pouvant mener à la déficience visuelle.

Changer de regard

Tous les déficients visuels ne sont pas des aveugles avec canne blanche et chien guide ! Les déficiences visuelles sont multiples, les réponses à y apporter le sont tout autant. Mais surtout – avant tout – le déficient visuel est un consommateur, un collaborateur, un citoyen. « Culturellement, il y a quelque chose qui bouge, note Nicolas Karasiewicz, président de Tyresias. La prise en compte de la déficience visuelle se heurte davantage à la méconnaissance, au manque d’information et de formation sur le sujet, qu’à de la mauvaise volonté de la part des entreprises. » Elle peut constituer un véritable avantage compétitif pour les entreprises qui l’intégreraient comme un volet de leur démarche RSE et de leur politique commerciale.

Les nouvelles technologies et le digital constituent une véritable révolution pour les déficients visuels. « Ce ne sont pourtant que des outils, il est indispensable d’adapter sa communication« , rappelle l’entrepreneur, lui-même aveugle. Il raconte : « Ne pouvant lire une carte de visite, j’ai dû demander à quelqu’un de m’envoyer ses coordonnées par e-mail. Il m’a scanné sa carte de visite… je n’étais pas vraiment avancé ! » Une communication incluant les déficients visuels doit s’appuyer sur les outils à disposition, de bonnes pratiques… « et du bon sens !« , sourit Nicolas.

Déficience visuelle et digital : les bons réflexes

Respecter scrupuleusement le référentiel des normes en vigueur est loin d’être à la portée – ne serait-ce que financière – de tous. Heureusement, la plupart des navigateurs proposent déjà des fonctions d’agrandissement des polices, zoom, modification des couleurs ou du contraste de la page… Quelques préconisations sont toutefois de rigueur pour l’accessibilité d’un site web ou d’une appli mobile.

Pour une information perceptible, on veillera par exemple à décrire les illustrations dans le code source, à sous-titrer les vidéos… Le contenu doit être hiérarchisé, l’arborescence claire et pertinente. Ergonomiquement, on évite les menus qui s’ouvrent au simple survol (et pas au clic), ou encore les carrousels, qui compliquent beaucoup la navigation pour l’utilisateur déficient visuel. On prêtera également attention à la saisie dans les champs d’un formulaire ou encore aux publicités difficiles à quitter.

Idéalement, on intègre la prise en compte de l’accessibilité dès la conception d’un projet digital… « Mais on vient de sortir notre nouveau site ! » Pas besoin d’attendre la prochaine refonte : il existe aussi des solutions numériques qui permettent d’adapter un site existant à plusieurs handicaps, dont les déficiences visuelles (par exemple, Facil’iti).

L’accessibilité, ça paye aussi côté référencement naturel (SEO) ! Les moteurs de recherche, Google en tête, sont capables de l’évaluer… et le récompensent !

Si les déficients visuels passent à côté de certains réseaux sociaux (Snapchat, trop rapide, ou Instagram, sans grand intérêt), ils sont très présents sur Facebook, Twitter et Linkedin. On garde à l’esprit les mêmes recommandations que pour un site web ou une appli.

Des alternatives créatives pour des supports innovants

Le braille et l’agrandissement des textes sont loin d’être la seule réponse possible à la déficience visuelle. En effet, aujourd’hui, le braille n’est lu que par 25 à 30 % des déficients visuels.

La bonne idée : miser sur le multicanal ! Les outils à disposition des déficients visuels leur permettent d’accéder aux supports imprimés. Un exemple de solution toute simple : un QR code, imprimé sur une étiquette collée sur le support (pour être identifiée grâce au léger relief), permet d’accéder à une page web accessible, à une vidéo, à un contact.

Les recommandations, là encore, relèvent du bon sens : les polices doivent être lisibles, on évite les superpositions chargées… Intégrer ces contraintes dès la conception de l’identité visuelle ou des supports est idéal pour ne pas brider la créativité.

« On n’y pense pas assez souvent, mais créer des supports audio est une très bonne idée pour toucher les déficients visuels… et les autres !« , remarque Nicolas Karasiewicz. Pensez podcasts et fichiers audio ! Une communication accessible peut également s’appuyer sur le marketing sensoriel (sonore, olfactif, tactile…). Une texture de papier en lien avec son activité, des objets publicitaires qui ont du sens… une belle opportunité de se différencier… à condition de le faire savoir ! « J’ai fait des travaux dans mon magasin, pourtant, je n’ai pas plus de clients en fauteuil« . Cette phrase, Nicolas l’a souvent entendue. Et pour cause, il est capital de communiquer sur son accessibilité, faire savoir pour actionner le puissant levier du bouche à oreille. La « communauté » des déficients visuels est notamment présente et active sur les réseaux sociaux. Faites connaître vos initiatives, actions, solutions alternatives !

 À retenir

  • L’accessiblité des supports digitaux et print aux déficients visuels est un levier de performance.
  • Pensée en amont d’un projet, elle booste la créativité… et la différenciation !
  • On peut aussi adapter ou enrichir des supports existants pour les rendre accessibles.

Start-up sociale spécialisée dans l’innovation sensorielle, Tyresias sensibilise et accompagne les entreprises dans leur organisation du travail, leurs pratiques managériales, faisant de la déficience visuelle un avantage compétitif.

Auteur


Cécile Descamps

Cécile Descamps

Consultante éditoriale